Signalements - Karine et Laurence BRUNET JAMBU

Signalements - Karine & Laurence BRUNET-JAMBU
Edition Ring - 2019



Hello tout le monde ! J'espère que vous allez bien. Comme promis pour ceux qui ont pu le voir sur internet, je vous retrouve pour vous parler d'un livre que j'ai lu récemment et qui m'a fait me poser pas mal de questions...


Je vais vous laisser dans un premier temps avec le résumé, on parle du reste juste après ! Bonne lecture :) 


Résumé :

Karine a grandi dans un univers empreint de violences en tout genre et de négligence. Dès la grossesse, sa tante Laurence s'inquiète face à l'incompétence et l'immaturité plus qu'inquiétante de ses parents. 
L'apothéose de la violence est atteint lorsque Karine est livrée aux mains d'un ami du couple, pédophile en série, qui abusera d'elle à plusieurs reprises à son propre domicile. Ses parents savent, mais se taisent. 

Laurence prendra alors les armes pour faire entendre à tous l'enfer vécu par sa nièce. Juges, avocats, et services sociaux deviennent son nouveau quotidien. Mais personne n'entend ni ne comprend le calvaire vécu par la jeune fille. Et Laurence a le sentiment de se battre, seule.

Un livre percutant, dur, vraiment dur. Il est entrecoupé par des extraits de jugements ou d'avis médicaux, et les termes utilisés ainsi que les descriptions détaillées des scènes de viol vécu par Karine par exemple peuvent heurter la sensibilité (attention donc à ne pas le mettre entre toutes les mains). Les voix de Karine et Laurence se succèdent, pour faire entendre deux points de vue.


Mon avis :

Evidemment, ce livre est effarant. Il met en lumière les dysfonctionnements d'un système qui, malheureusement, créé des victimes souvent silencieuse puisque parfois inconscientes de la violence qu'elle subissent. Heureusement que Laurence a pris ses propres armes, pour défendre sa nièce et la sortir des griffes de ses bourreaux. Heureusement que Karine s'est confiée, naïvement, sur son quotidien. Heureusement qu'elle a pu trouver une oreille attentive, dévouée à sa sécurité.

L'écriture n'est pas toujours très bien menée, mais ce n'est bien sûr pas le plus important ni ce qu'on recherche dans ce genre de livre. Ce livre secoue, questionne, émeut. Mais ce livre m'a aussi, à certain moment, agacé. 

Pour ceux qui ne le sauraient pas, je suis moi-même assistante sociale et je travaille dans un service de protection de l'enfance. Les juges pour enfants, les rapports, les enfants maltraités sont mon quotidien. L'incompréhension face à un système déconnant aussi, tout comme la tristesse face à l'absence importante de considération pour notre travail (pour faire plus simple, on s'en prend plein la gueule, tout le temps).

Alors quand je vois l'auteure qui fait certaines généralités, ça m'agace. Parce que non, tous les éducateurs ne sont pas des cons finis. Tous les juges ne restent pas insensibles face aux dossiers posés sur leurs bureaux. On se blinde, oui, parce qu'on a pas le choix. Parce qu'on doit tenir face à la violence qui rythme notre quotidien. 

Aussi, je voudrais revenir sur quelques phrases qui vraiment, m'ont fait hérisser les poils. Je me suis sentie vraiment heurter, et je voudrai, pour une fois, donner la parole à un métier si souvent pointé du doigt mais malheureusement, méconnu.

Page 140, l'auteure parle des travailleurs sociaux comme étant des "complices de maltraitance". Se rend-elle conscience de la violence de ses propos…? Mais ce qui m'a encore plus agacée, c'est quelques lignes plus tard lorsqu'elle parle de l'éducateur (d'ailleurs, elle nomme chaque protagoniste, je ne me permets pas de le refaire dans cet article) : "Ils arrivent à bord d'un beau et gros 4X4. Je me demande comment un éducateur peut se payer un tel engin. Je l'observe rapidement, il a entre quarante et cinquante ans, plutôt mince. Je cerne cet homme immédiatement. Rien que par sa manière de dire bonjour, je constate qu'il est bouffi d'orgueil avec son air hautain".
On sent ici déjà le jugement fait d'emblée envers ces éducateurs. 
Comment paye-t-on un "tel engin"? C'est simple, Laurence, comme tout le monde. Par des crédits, avec notre salaire, en économisant… Quelle importance de parler de cela dans un bouquin ? ( à préciser qu'elle reviendra à plusieurs reprises sur cette histoire de 4X4). Je roule personnellement en SUV, certaines collègues en 4x4, d'autres en clio, en 206 et même en audi… Et qu'est-ce que cela peut faire ? En quoi devrions-nous nous justifier de la manière dont nous dépensons notre argent, notre salaire ? Sincèrement, c'est le genre de jugement de valeur qui je trouve dessert énormément la cause qu'elle essaye de servir et c'est bien dommage...

Un peu plus tôt, dans le livre, elle parle de l'ASE en disant que "l'ASE continue d'intervenir chez eux une fois par semaine". Je tiens juste à préciser que non, l'ASE n'intervient pas à domicile mais ce sont des services de protection dédiées, mandatées par l'ASE. 

Et le pompon : "on ne peut pas parler d'emplois fictifs, mais bien de protection fictive". Quelle violence dans cette phrase...
Oui, il y a des loupées, c'est indéniable. Oui, nous manquons de moyens. Mais parler de protection fictive ??? Combien d'enfants sont aujourd'hui confiés à l'ASE justement pour les sortir d'un quotidien invivable ? Combien de travailleurs sociaux se démènent à faire leur travail au mieux ? Je trouve ces propos durs, et tout simplement injustes. 

J'entends la douleur et la souffrance qu'ont dû vivre ces deux femmes, et je ne tiens à aucun moment à chercher à justifier des procédures qui visiblement, ont foiré (il n'y a pas d'autres termes). Les erreurs se sont enchaînés, de manière totalement incompréhensible...
Mais j'ai juste envie de dire attention à ne pas vous tromper de combat, à ne pas accuser les mauvais bourreaux. Le combat numéro 1 à mener et celui des personnes qui, nuit et jour, martyrise des enfants dans le silence. Le combat numéro 1 est de faire bouger les choses pour qu'aucun enfant ne continue à souffrir. Le combat numéro 1 est de rendre à chaque enfant le droit d'être un enfant, tout simplement.

Le problème est bien plus profond qu'un éducateur qui roule en 4x4 ou qu'un juge qui ne dit pas bonjour. Le problème est un système qui aujourd'hui ne garantit plus la protection des enfants, par manque de moyens, et manque de considération...

Laurence s'engage aujourd'hui dans une association pour venir en aide aux enfants victimes de violences, et je ne peux que saluer cet engagement sans fin envers une cause qui mérite de faire du bruit, qui devrait nous empêcher de dormir. 

Bref, vous l'aurez compris, ce livre m'a clairement remué, et ne m'a pas laissé indifférente, pour plein de raisons différentes. Il m'a aussi amené à me questionner sur ma propre pratique professionnelle, sur ma façon de voir les choses.
Je vous invite à le lire, si, comme préciser plus haut, vous n'êtes pas sensibles à la description de certains faits.


Je vous embrasse
Debora






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